Shining / The Great Old Ones @ la Péniche – Lille.

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Gros évènement hier soir, en effet, La Péniche accueillait en son sein deux formations pour le moins attendues dans la région, pour sa tournée de officielle : Shining de passage à Lille, supporté par The Great Old Ones pour une soirée sold out qui fera date à n’en pas douter.

Sceptique de prime abord, j’avoue avoir été plus qu’étonnée par la salle en elle-même. Habituée au son horrible de ce genre de cadre avec la tristement célèbre Igelrock, il était incongru pour moi de voir une telle affiche sur un bateau. Bien mal m’en a pris.
Ayant complètement oublié qu’actuellement le champ de mars est envahi par les manèges, c’est à la fois amusée et aigrie que je me suis vue devoir faire un bon kilomètre à pied pour pouvoir me rendre sur le lieu des festivités. Sur place l’agacement ambiant fait vite place à l’impatience, ce concert étant pour moi l’occasion très attendue d’assister à la performance des Suédois.

20h.
Le public, ayant massivement répondu présent pour cette date unique dans les environs, commence d’ores et déjà à se masser aux abords et dans la salle, à les entendre c’est un évènement en soi, cependant l’attention n’est pas uniquement fixée sur la tête d’affiche car bon nombre sont aussi venus pour soutenir TGOO. Personnellement bien que surprise par la teneur des discours, plus ou moins alcoolisés, c’est amusée que je prends place et scrute le lieu. La scène est plutôt modeste, forcément tributaire de l’usage premier d’une péniche, j’ai du mal à imaginer deux groupes de cinq personnes y évoluer librement.
Pour le côté gonzesse, la déco en elle-même est digne voire cosy avec canapé moelleux et bar ultra fonctionnel, l’espace merch n’est pas non plus, comme on pourrait le croire, réduit à sa plus simple expression, s’adaptant à la taille de la salle, chaque groupe dispose de son espace de vente, ce qui est une bonne chose à mon sens car trop souvent négligée, le merch de Shining proposant d’ailleurs une édition vinyle exclusive ainsi qu’un tshirt spécialement réalisé pour la tournée, là c’est mon côté matérialiste fétichiste qui prendra le dessus, à ma plus grande joie.

20h30 – Ouverture de bal.
The Great Old Ones prend possession de la scène. Ayant pu les voir jouer à l’Aéronef avec Behemoth j’étais curieuse de les revoir dans un contexte aussi différent. Comme je le pensais, la scène se comble très vite, limitant énormément le jeu de scène, cependant ils ont réussi à en tirer partie. Un show de 45 minutes, affichant une ambiance froide et distante, salué par le public. Pesant, voilà en un mot ce qui pourrait décrire le passage de TGOO qui démontre une fois encore sa façon d’enfoncer le clou avec un black métal lourd, distant, voire même tranchant, très bien mis en valeur par les jeux de lumières : spots bleus en éclairage de face, avec stroboscopes en éclairage de dos, majoritaire sur toute la durée du set, déshumanisant complètement les membres du groupe, réduit à sa plus simple expression : quatre silhouettes et un batteur qu’on ne pouvait qu’apercevoir. C’est sur un goût de trop peu que se termine le set, mené sans accros majeurs, et qui restera, me concernant, une belle surprise, tant par la qualité du son que la maîtrise des membres.

21h10 / 21h50 – Changement de plateau.
Un peu longuet à mon sens, ça se bouscule sur scène. Le temps devient long, l’occasion pour beaucoup de prendre l’air, la chaleur frisant rapidement avec l’indécence, pour d’autres de débattre du concert qu’ils viennent de voir, l’occasion pour moi de croiser Juliette de Kaotoxin et de faire un brin de causette en vue du KaotoxinFest II qui aura lieu dans la même salle le 5 décembre.

21h50 – La messe est dite.
C’est au tour de Shining d’entrer en scène devant un parterre de fans grouillant en masse devant Niklas. Qu’on aime ou non, s’il est une chose qu’on ne peut lui renier c’est son sens du spectacle, sulfureux au possible. Là encore l’espace réduit de la scène semble gêner les musiciens, pourtant le show n’en est pas amoindri pour autant, rendant celui-ci quasi intimiste pour les 100 personnes présentes dont je comptais bien en savourer chaque seconde. Shining nous dévoile un black métal expressif à souhait, Niklas étant passablement en forme, sauf peut être au chant clair qui aura quelques soucis par-ci par-là le long du set mais qu’importe. Lourd, horriblement puissant, le son est vraiment très très bon compte tenu du cadre, propice au penchant largement malsain du discours des Suédois. Ayant été maintenue en état proche de la transe hypnotique durant toute la durée du set c’est avec une jouissance teintée d’amertume que se déroule le dernier titre de la soirée. J’attendais ce concert de pied ferme et je n’ai absolument pas été déçue, tant par le fond que par la forme.


Incroyable expérience sur fond d’autodestruction.

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S.

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Ataraxie – Slow Transcending Agony

A l’occasion de la sortie remasterisée de son album « Slow Transcending Agony » revenons aujourd’hui sur ce qui fût en son temps une véritable pièce maîtresse de la scène extrême française.

Pour la petite histoire, rappelons rapidement que c’est en 2000 que naquit la formation rouennaise, mênée par Jonathan Thery au chant et à la basse. S’orientant très vite vers un style doom death de bonne facture Ataraxie sort sa première démo trois ans plus tard, intitulée « The Other Path« , démo qui sera saluée de façon unanime tant par la critique que par les fans et permet au groupe d’acquérir une fanbase solide.

Faisant suite à cette sortie et à une série de concerts aux côtés de pointures du genre telles que Morigon, The Prophecy ou encore Evoken, Ataraxie assoit sa réputation au sein de la scène française ainsi qu’en dehors de nos frontières, c’est en ce contexte que sort, en 2005, son premier opus : « Slow Transcending Agony » dont nous parlerons aujourd’hui. Pourquoi ? L’envie de me repencher sur un album devenu cultes en quelques semaines d’un côté et l’attrait purement malsain pour le bonus exclusif proposé dans cette réédition : la cover de « The Tree of Life and Death » de  diSEMBOWELMENT.

Ataraxie - Slow Transcending Agony 10th birthday remastered edition - cover

Ce qui me plait particulièrement chez Ataraxie, plus encore sur cet opus, c’est sa manière atypique de retranscrire la mélancolie. Ici tout n’est que déchirement permanent, viscéral et absolu, si bien que celui ou celle qui n’est pas ou peu familier du fait de vivre véritablement un album ne sera, à mon sens, pas en mesure d’en apprécier les subtilités. Entre mid-tempo lents, très lents, chers à mon petit cœur, hurlements plaintifs, riffs lancinants bien qu’exacerbés et batterie tantôt majestueuse, tantôt éperdument assommante (dans le bon sens du terme) « Slow Transcending Agony » ne s’écoute pas, il se vit.

Ataraxie se veut torturé, avec « Step into the Gloom » la mise en abîme est annoncée comme vertigineuse vers le néant. Le ton est donné dès cette introduction qui plonge l’auditeur séance tenante au cœur d’un monde horriblement lugubre, froid, oppressant voire, osons-le, apocalyptique dans toute sa magnificence.
Cette sensation de mal-être ne fait que grandir au fil de l’écoute, entre mid-tempos quasi extraits du funeral doom dont la tension est palpable dès les premiers accords et la violence acerbe Ataraxie nous montre sa rapide évolution depuis « The Other Path » en proposant cette fois un opus frôlant la perfection en un style doom death de -très- haute voltige.

Autre originalité : le chant. Bien qu’ayant clairement un faible pour ce type de voix perdues entre hurlements, chant guttural et chuchotements plaintifs, ce qui change ici c’est l’ajout de la langue française. Le mélange des langues ajoute sans conteste une petite touche tranchant avec les habitudes et même si aujourd’hui ça peut sembler anodin, rappelons qu’en 2005 seules quelques formations ont pris ce risque. Or ce mélange est assez judicieux et renforce l’homogénéité des compositions.

En ce qui concerne le côté death métal, nous ne sommes pas en reste non plus. Bien qu’on sente clairement que les guitaristes ne soient pas présents pour afficher leurs talents techniques au grand jour, nous retrouvons certaines touches typiques du brutal death de-ci de-là qui amènent l’auditeur vers des pics émotionnels violents, très proches, me concernant, de la catharsis.

Voila pourquoi cette « lente agonie » a été perçue comme la meilleure sortie du genre entre 2000 et 2005 et a propulsé Ataraxie au rang de valeur sure de la scène doom française et internationale aux côtés de leurs homologues d’Evoken.

Album disponible en écoute via la bandcamp du groupe, hors cover inédite qui est clairement à la hauteur de l’original.

Tracklist :

  1. Step into the gloom,
  2. Funeral hymn,
  3. L’Ataraxie,
  4. Slow Transcending Agony,
  5. Another day of despondency,
  6. The tree of life and death – bonus.