Deathspell Omega – Paracletus

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Me voila ce soir avec un moral tellement au ras des pâquerettes que c’est à grand renfort de cris horriblement déchirants que je vous soumets ma vision du nouveau méfait de Deathspell Omega, “Paracletus”.

Pour ceux à qui le doux nom de Deathspell n’évoquerait pas grand-chose, il s’agit ici d’une formation française qui sévit, principalement sur la scène Underground il faut bien le dire, depuis 1998. Ce groupe est absolument énorme pourtant le pseudo-élitisme qui règne en maitre au cœur de ce milieu ne cesse de remettre en ligne de mire le débat de cours d’écoles : Black ou pas Black ?

Quand on regarde un peu ce qu’il se dit sur la toile et/ou en concert, tous les avis sont partagés : entre le fan Trve ivol qui déteste, ne jurant que par le “vrai” black metal, celui qui ne s’écoute QUE sur Tape (comprendre : cassette audio, qualité de son de merde oblige, on est Black ou on ne l’est pas..) avec une sortie en trois exemplaires dont un introuvable, un qui soit complètement en morceaux et le dernier bouffé par un chien. C’est bien connu, plus c’est rare mieux c’est. Fan donc hystérique devant la sortie de ce “Paracletus” puisque nos amis français “ne sont bons qu’à faire de la musique pour trends sans aucune culture musicale digne de ce nom.”
Ensuite nous avons les gens qui font partie de la masse de métalleux, ceux qui n’écoutent pas forcément de Black mais qui avouent volontiers que le talent est bel et bien présent, je pense personnellement à certains amis, Death metalleux devant l’éternel, qui sont restés sur le cul pendant et après l’écoute de ce nouvel album.

Autre fait pour le moins étonnant, alors qu’à l’extérieur des frontières de notre belle nation Deathspell Omega fait un réel carton, ici on se retrouve encore et toujours avec des gens qui trouvent encore à redire devant le travail monumental qui a été accompli par la formation sur ce “Paracletus”.

En ce qui me concerne, c’est avec une joie non dissimulée que je m’attaque à cet album, à noter que la suite de ma chronique sera basée sur une écoute du “Paracletus” sur support vinyle, ce qui peut impliquer que le son sur un support Cd traditionnel soit légèrement différent. Quitte à me mettre à dos la communauté Trve ivol, étant donné qu’à mon sens le meilleur support reste le vinyle, vous pourrez m’insulter/me casser la gueule plus tard bande de moules.

De prime abord le support en lui-même a une classe énorme, le livret ainsi que l’artwork sont absolument splendides. Ça nous change des trop nombreuses formations qui osent prendre les auditeurs pour des cons en proposant des livrets horriblement laids voire mal fichus. On peut convenir que Deathspell Omega ne sort pas d’albums à tour de bras, ceci dit, au moins ils font les choses en grandes pompes : Classe, sobre, glauque, en un mot comme en cent, terriblement efficace.

Les puristes seront sans nul doute très surpris par l’orientation qu’a pris Deathspell Omega lors de la réalisation de cet album. En effet, dès les premières secondes il paraît clair que le son ne sera plus orienté principalement vers le Black metal pur et simple, ce n’est quand même pas pour rien que la formation est perçue comme avant-gardiste et on comprend aisément pourquoi lors de l’écoute de “Paracletus”. Nous nous retrouvons effectivement face à un mélange d’influences pour le moins détonant qui surfe sur une mouvance de plus en plus pressentie concernant un autre genre musical, osons les grands mots, le hardcore. Dis comme ça forcément ça peut choquer, pourtant, Deathspell nous propose ici un méfait hautement réfléchi, nourri aux hormones le tout sur une production qui a de quoi faire pâlir bon nombre de formations pour un résultat littéralement bluffant : ambiances ultra pesantes, chaque instrument se retrouve extrêmement pressant, une structure musicale monumentale, complexe et plus efficace encore que ce que le groupe a pu nous livrer jusqu’à présent.

Ce changement progressif d’orientation se perçoit depuis le changement de Line-up au chant. Lorsque Shaxul, également au chant chez Annthennath quitte la formation pour laisser place à Mikko. Depuis on remarque au fur et à mesure une dérive de plus en plus marquée vers un genre spécifique à Deathspell Omega : froid, puissant, efficace, complexe, dissonant tout en étant horriblement tranchant.

Du point de vue musical, on se retrouve avec 40 minutes de son monumental. Pour résumer la situation simplement : “Paracletus” transpire les feux de l’Enfer. Dissonant, pervers, apocalyptique.
Le chant est également terriblement mis en avant par le travail de production, ici le sujet est maitrisé sur le bout des doigts. On se retrouve avec une voix utilisée comme un triptyque : l’anglais pour le chant Black, le latin pour le chant clair et le français façon parole du prêcheur qui révèle les thématiques théologiques développées par Deathspell.

Violent, destructeur, maléfique, blasphématoire, c’est ça Deathspell Omega.

Parution originale pour MetalFranceDeathspell, by S.